Opinion : en défense de l’approche belge du coronavirus

Geplaatst op 10 juillet, 2020 om 13:37

Il y a quelque chose de fondamentalement incorrect dans la manière dont la presse internationale parle de la crise du coronavirus et de la Belgique. Depuis le pic de la crise en avril, de nombreux commentateurs du monde entier ont insisté sur le nombre élevé de morts par habitant dans notre pays. Ils en concluent alors que notre approche de la crise a été abominable. Un rapport récent de l’Economist Intelligence Unit (EIU) a même classé la Belgique comme le plus mauvais élève de tous les pays de l’OCDE.

J’ai longtemps réfléchi pour décider si je devais répondre ou non à ces accusations. J’ai finalement choisi d’abandonner toutes les considérations tactiques pour rectifier la situation.

Il faut évidemment reconnaître que la Belgique n’a pas été parfaite dans sa réponse à la crise. Bien que nous ayons finalement réussi à assurer suffisamment de respirateurs et d’équipements de protection pour nos hôpitaux, nous ne sommes pas parvenus à procurer suffisamment d’équipements de protection aux prestataires de soins dans les maisons de repos. Comme dans d’autres pays, cela a mené à une grande proportion d’aînés dans nos chiffres de mortalité due à la covid-19.

Ce sont des tragédies humaines que nous devons analyser sérieusement et desquelles nous devons apprendre.

Malgré tout, la Belgique n’a absolument pas été le pire pays dans l’approche de la pandémie. Il est vrai que le virus a fortement frappé notre pays, mais le nombre élevé de morts liés à la covid-19 est tout autant le résultat du comptage diligent par nos épidémiologistes indépendants qui ne voulaient exclure aucune victime possible du coronavirus, que le patient ait été testé ou non.

C’était un choix courageux, motivé par la volonté de protéger chaque citoyen belge d’éventuelles nouvelles vagues. Nous sommes aujourd’hui encore félicités par le monde scientifique pour la transparence avec laquelle nous avons rapporté nos chiffres, comme bonne pratique que d’autres pays devraient suivre également.

Contrairement à d’autres pays, la Belgique n’a pas été confrontée à des scènes dramatiques de personnes couchées sur le sol des hôpitaux en attente de leur traitement. Nous n’avons pas, non plus, eu à faire face à des histoires horribles dans lesquels les médecins auraient dû choisir entre des patients plus jeunes ou plus âgés. Même pendant le pic de la pandémie, le taux d’occupation de nos soins intensifs n’a jamais été plus élevé que 60 %. Grâce à cela, nos patients hospitalisés avaient une chance de survie relativement haute.

Le rapport de l’EIU ne peut donc pas s’éloigner davantage de la vérité. C’est un exemple classique de ce qui arrive lorsque vous essayez de réaliser un classement sur base d’un petit nombre de critères choisis au hasard. Ces critères semblent en outre avoir été sélectionnés pour leur disponibilité plutôt que pour leur pertinence. Citons encore des dates de début et de fin et des périodes arbitrairement choisies et un manque total de transparence à propos de leurs données.

Un lecteur attentif remarquera aussi que la Belgique, assez ironiquement, obtient un score justement très bon pour tous les critères de l’EIU pour lesquels l’administration peut avoir une influence (à savoir le nombre de tests et la fourniture de soins non-covid pendant la crise du coronavirus). La seule exception, c’est le critère de la surmortalité générale. Et pourtant, sans aucune explication, ils donnent à ce critère une pondération arbitraire particulièrement lourde, de sorte qu’il représente près de la moitié du score final.

Même les critères les plus standards – qui sont cruciaux et faciles à calculer, comme la densité de population d’un pays – ne sont pas mentionnés dans le modèle EIU. Sans parler du fait qu’il y ait eu dans un pays d’importants foyers d’infections ou que le virus soit entré par de nombreuses voies dans notre petit pays, ouvert et orienté à l’international.

Deux mois se sont écoulés depuis l’assouplissement des premières mesures de confinement. Dans notre pays, l’épidémie du coronavirus est à son niveau le plus bas. Dans le même temps, les États-Unis ont reçu un bon score de l’EIU alors qu’ils luttent toujours difficilement pour prendre le contrôle sur le virus.

Je suis déçue du simplisme avec lequel les statistiques sur les décès relatifs à la covid-19 sont trop souvent utilisées dans le débat public. Il n’est pas tenu compte des différentes approches méthodologiques entre pays. Les comparaisons entre pays ressemblent souvent plus à une compétition sportive qu’à ce qu’elles sont par essence : une tragédie humaine qui méritent des analyses scientifiques et des enquêtes critiques, mais minutieuses.

Les médias internationaux peuvent avoir un impact énorme sur la réputation d’un pays et sur les opinions de nombreuses personnes influentes. Il est donc très important de rester sur nos gardes pour des représentations inexactes et malhonnêtes. Plus que jamais, nous avons besoin d’une presse qualitative et fière de son travail qui nous demande, comme femmes et hommes politiques, de rendre des comptes de manière sérieuse.

Cette carte blanche est parue, en anglais, le 9 juillet auprès de Politico.