Choisir le meilleur traitement qu’il soit pour un patient atteint d’un cancer à l’aide de techniques d’analyse de l’ADN modernes : tel est l’objectif du nouveau projet pilote relatif au séquençage de nouvelle génération (NGS : Next Generation Sequencing) lancé par la ministre de la Santé publique, Maggie De Block. Chaque année, près de 20.000 patients atteints d’un cancer seront soumis à un examen de séquençage NGS dans le cadre de ce projet, qui sera lancé en automne pour une durée de trois ans. Ces tests NGS seront remboursés pour certaines indications cliniques bien précises. Maggie De Block : « Le séquençage de nouvelle génération est un bel exemple d’une amélioration des soins grâce à la technologie. Cette technique d’analyse de l’ADN moderne permet notamment de déterminer à l’avance quel traitement sera le plus efficace pour un patient atteint d’un cancer. Le patient bénéficie ainsi de meilleurs soins par rapport à la chimiothérapie classique et il ressent moins d’effets secondaires. L’application de cette technique à grande échelle et de façon organisée est un grand pas en avant dans le domaine des soins oncologiques. »

Les diagnostics compagnons

Les tests de panels de gène par séquençage de nouvelle génération sont des tests de diagnostic grâce auxquels il est possible de prédire si un traitement quelconque aura l’effet désiré ou non. C’est ce qu’on appelle « les diagnostics compagnons » (companion diagnostics). La technologie du NGS permet d’analyser des millions de séquences ADN en même temps, contrairement aux tests ADN classiques où l’on n’examine qu’un seul gène à la fois. Sur la base de ces informations, les spécialistes sont en mesure de choisir le traitement qui agira spécifiquement contre le trouble génétique qui est à l’origine du cancer. De plus en plus de traitements ciblés de ce genre ont fait leur apparition ces dernières années.

Vu le niveau de complexité et le coût élevé du NGS, cette technologie est pour l’instant surtout utilisée au sein de centres hautement spécialisés, dans le cadre d’essais cliniques visant de nouveaux traitements ciblés. Toutefois, le prix de cette technique devient petit à petit plus abordable, faisant qu’il est possible de l’appliquer à plus grande échelle. La ministre De Block souhaite encourager cette application plus large à l’aide d’un projet pilote. En outre, son objectif est que la technologie du NGS ait une place structurelle dans le diagnostic de cancers, et ce, pour qu’un maximum de patients puissent bénéficier des avantages de cette technologie innovante.

Garantie de la qualité

Les laboratoires souhaitant participer au projet peuvent s’inscrire auprès de l’INAMI en vue d’inclure le NGS dans leur programme de routine pour le diagnostic du cancer. Seuls les laboratoires disposant d’une accréditation pour le diagnostic NGS pourront adhérer à la convention NGS.

Les laboratoires et hôpitaux qui souhaitent participer devront former des réseaux NGS spécialisés au sein desquels ils devront accumuler l’expertise requise dans ce domaine. Ainsi, les patients auront la garantie que les résultats complexes de leur test NGS seront interprétés au mieux. Par ailleurs, le fait de collaborer sous forme de réseaux permettra de garder les dépenses sous contrôle.

Les résultats des tests NGS seront anonymisés et sauvegardés dans une base de données distincte sur le site healthdata.be. Ces informations sont précieuses si l’on veut arriver à prendre des décisions stratégiques fondées à l’avenir. Elles permettront notamment de mieux évaluer l’incidence de certains troubles de l’ADN et de déterminer quels traitements sont efficaces pour quel patient.

Outre le fait de proposer des tests NGS au sein de réseaux sur le terrain, le but est également d’harmoniser les procédures de remboursement pour les tests de diagnostic et les traitements personnalisés. Aujourd’hui, l’INAMI applique encore deux procédures différentes. La procédure de remboursement de nouveaux traitements personnalisés est souvent plus rapide que celle pour le remboursement des tests de diagnostic. Cela donne lieu à des situations où le patient est déjà remboursé pour un traitement personnalisé avant même d’être remboursé pour le test de diagnostic préalable. La ministre souhaite résoudre ce problème en faisant le lien entre le remboursement du diagnostic et celui du traitement.

Collaboration

La ministre De Block a réservé 5,1 millions d’euros issus du Plan Cancer pour préparer l’implémentation sur le terrain. À cela vient s’ajouter un montant de 2 millions d’euros par an qui sera investi dans le remboursement de tests moléculaires dits ‘diagnostics compagnons’ (à l’aide du Plan Cancer) en plus de 2 millions d’euros supplémentaires par an destinés au financement de la convention NGS (par le biais de l’INAMI).

Le projet pilote est le résultat d’une collaboration intense entre le politique et les différents acteurs de terrain. Le Centre du Cancer de Sciensano se chargera de la coordination. Le projet sera lancé en automne pour une durée de trois ans. Près de 20.000 patients atteints d’un cancer seront soumis chaque année aux tests NGS. Ce chiffre augmentera en fonction de la disponibilité de nouvelles thérapies personnalisées.